N.D.E. : 1950 (1)

Paul Kehren me photographiant pour mes 30 ans

En attendant, il s'agit de faire un enfant. Je prépare activement le berceau de ma fille. C'est une petite fille que je veux habiller, car je suis modéliste.

Le jeudi 19 vers 13 h la césarienne est décidée, malgré un début de septicémie. Premier objectif la salle d'anesthésie. Tchao tout le monde, je m'endors enfin !

Soudain une note grave, très profonde, terminée par un aigu strident. Brusquement une sensation bizarre, la tête me tourne ?

Non, le corps me tourne ? Je suis dans un tunnel sombre. Dans le lointain une lumière brillante qui m'aspire. C'est peut-être ça la mort ? Je vais déboucher "au ciel" ! Comme c'est facile, comme c'est drôle ! Une intense jubilation intérieure me prend. Je vais enfin savoir si les anges ont des ailes ? Le vertige s'accélère et je débouche brusquement dans la lumière... de la salle d'opération ! Grosse déception et, en plus, je suis collée au plafond ! Cà alors ! Qu'est-ce que je fais là ?

Comment suis-je sortie aussi facilement de mon corps ? Je suis toujours moi, Dany, avec mes souvenirs et mon caractère qui ne s'étonne de rien. J'aimerais bien me regarder dans une glace, suis-je fantôme ? Non, un fantôme accroché au plafond ça fait désordre ! Suis-je fumée ? Mais fumée invisible ? Non. ESPRIT, voilà je dois être ESPRIT ! Comme c'est comique !

Je regarde la scène un peu dégoûtée, j'ai toujours eu horreur des hôpitaux et du sang. C'est ça moi ? Non, moi c'est mainte-nant. Celle-là c'était moi.

Curieuse comme tout Gémeaux, je me demande s'il est aussi facile d'entrer dans un autre corps ? Il y a six personnes autour de moi : une infirmière entourée de deux hommes à ma gauche. Puis à ma droite mon chirurgien, le Dr Given, encadré de deux médecins, tous habillés de vert. Je croyais que tout était blanc dans les hôpitaux.

Mon attention se polarise sur le premier homme à gauche de ma tête. J'ai l'impression de le survoler : j'ai terriblement envie d'entrer "en" lui. Comme s'il suffisait de le souhaiter je suis dans son univers.

Des livres poussiéreux, des parchemins en quantités, des masques incas sur les murs. Rien de bien passionnant pour moi.

Vite je m'élève comme si, arrivée au fond d'une piscine, je donnais un coup de pied pour remonter et je sors à l'air... de la salle d'opération !